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LE GRAND
ORGUE
Aux premiers
temps du Christianisme, l'orgue, considéré comme un instrument
profane, n'était pas admis à l'église. C'est en 660 que le
Pape VITALIEN en aurait, par un Bref, autorisé l'emploi. Mais
ce n'est qu'au cours des XIIIème et XIVème siècles que le
service de l'orgue dans la Liturgie se généralisera en
France.
La Cathédrale
de Nantes ne dut pas faire exception .C'est à partir du XVème
siècle, date à laquelle l'édifice actuel fut commencé, que
l'on trouve des documents attestant la présence d'un orgue à
la Cathédrale de Nantes.
Un quatrain, apposé sur le
portail central de la Cathédrale, mentionne
:
"L'An mil quatre cent trente-quatre
"
A my-avril, sans moult rabattre
"
Au portal de ceste église
"
Fut la première pierre assise"
En 1466, le Chapitre de la Cathédrale donne
"4 livres, 15 sols" à René PARAJAUD qui avait
"réparé les orgues".
En 1531, un
nouveau marché est passé par le Chapitre avec Grégoire AMBROSY
pour des orgues nouvelles payées milles livres, cependant que
l'on commande le buffet d'orgue à deux menuisiers pour 200
livres. Il devait donc déjà s'agir d'un instrument plus important que les "Positifs" qui
furent, selon toute vraisemblance, les premières orgues de la
Cathédrale.
En 1555, on fit ajouter un jeu de cornet, et,
pour éviter les dommages causés par les rats, on transporta
l'orgue sur le jubé qui existait alors. A sa démolition, on
construisit la tribune où il se trouve
actuellement.
L'escalier qui mène à la tribune Sous celle-ci, on aperçoit les
arcs et les clefs de voûte.
Le Grand-Orgue , tel que nous le connaissons
actuellement, date
du début du XVIIème siècle
Le 11 Août 1619, le facteur Jacques GIRARDET
s'engage à construire un nouvel instrument.
Le contrat est signé "devant la grande porte de
l'Eglise Cathédrale, le onzième jour de septembre 1619,
après-midi dudit jour, par devant GUILLET, notaire royal".
GIRARDET s'engageait sur "tous ses meubles et
immeubles, présents et futurs, même par la prison en cas de
défaut".
« Par devant MM. Les
trésoriers de France, Jan FOUCHE, « archidiacre, Jan
GIRAUD, abbé de Melleray, René VALLIN « et Jan PERTUYS,
chanoynes, lesquels sieurs ayant faict « marché avecq
Jacques GIRARDET, facteur d'orgues, par « lequel GIRARDET
s'obligeoit de faire construyre un grand « jeu d'orgue
avecq son positif, à la charge que ledit jeu « seroit vu et
jugé par Messire Fleurant BIENVENU, chantre « et
chappellain de la Saincte Chapelle de Paris, et organiste «
en icelle. Le tout conféré avecq le Sr BIENVENU a « été
arrêté que ledit GIRARDET construyra ledit orgue « suyvant
le devis qui ensuit :
« - une monstre de 16
pieds ouverte, d'étain fin pur, polly et bruny, « - un
bourdon de 8 pieds bouché, sonnant à l'unisson de la
monstre. Les deux premières octaves seront de bois, le
reste de plomb, « - une monstre de 8 pieds ouverte,
d'étain, « - un jeu de quatre pieds bouché, à l'unisson
dudit 8 pieds, « - un prestant de quatre pieds ouvert,
d'étain « - un 2 pieds ouvert, d'étain, « - une
fourniture de 4 tuyaux d'étain, « (les jeux cy-dessus
serviront pour le plain-jeu).
« Plus : « - une
flûte de grosse taille de 4 pieds, ouverte, laquelle « sera
de plomb, « - une quinte-flûte avecq nasard , de
plomb, « - un autre nasard aussy de plomb, « - un
flageolet d'étain, « - une tierce d'étain, « - un cornet
à bouquin , commençant en C, sol, fa, ut, « au milieu du
clavier, de 5 et 6 tuyaux entièrement de « plomb, « -
une trompette de 8 pieds, le corps d'étain et les anches «
de cuivre, « un cromehorne sonnant le 8 pieds,
d'étain, « - un clairon à l'octave de la trompette, le
corps d'étain, « les anches de cuivre.
« UN CLAVIER DE
PEDALLES DE 30 NOTES AVECQ « 2 REGISTRES : « - une flûte
de bois, ouverte, « - un jeu d'anches d'étain, d'autre
raisonnance plus fort que « la
trompette.
« POUR LE POSITIF
: « - une monstre de huict pieds ouverte polly et
bruny, « - un bourdon de 4 pieds bouché, sonnant 8 pieds,
la « première et la seconde octaves, de bois, le reste
de « plomb, « - un quatre pieds d'étain ouvert, « -
une fourniture de trois tuyaux, d'étain, « - une simballe
de deux tuyaux, d'étain fin, « (les jeux cy-dessus
serviront pour le plain jeu). « - une flûte de 2 pieds,
bouchée, sonnant 4 pieds, « - un nasard à fusée, de
plomb, « - un larigot d'étain, « - un cromehorne de 8
pieds, le corps d'étain, les anches « de cuivre. « Tous
les jeux cy-dessus auront leur registre particulier, « -
quatre soufflets, « - 1 tambour, « - 1 rossignol « -
1 bon tremblant
« Les abrégés
porteront manivelles et autres choses nécessaires « pour
faire sonner tous les jeux. « Deux claviers, l'un pour le
Grand Orgue, l'autre pour le Positif, « de 49 marches et
feintes, les feintes (touches noires) d'ébène, « les
marches (touches blanches)
d'ivoire.
« Le tout au prix de
7600 livres, garanti un an après réception, « à moins que
l'accident ne soit le faict de l'organiste et autres «
personnes de l'Eglise.
« Les frais de voyage
de BIENVENU sont à la charge de GIRARDET « si l'orgue , par
suite de défauts, n'était pas reçu ; à la charge « du
Chapitre dans le cas
contraire.
« La somme est
payable en plusieurs
versements.
« Le Sieur GIRARDET
s'oblige sur tous ses meubles et immeubles « présents et
futurs, même par la prison (en prison fermée) en « cas de
défaut.
« Faict à Nantes,
devant la grande porte de l'Eglise Cathédrale « le onzième
jour de septembre 1619, après-midi dudit jour, « par devant
GUILLET, notaire royal ».
L'instrument aura 2 claviers et un pédalier de
30 notes. Il constitue la base de l'instrument actuel.
En 1634, Nicolas TRIBOLE reçoit 150 livres
tournois pour avoir "ravallé, nettoyé et harmonisé l'orgue
de nostre Eglise".
En 1643, Antoine
LE VASSEUR intervient sur l'instrument.
En 1672,
c'est le tour du facteur MORLET, qui, pour 500 livres
tournois,
"faicts
les
réparations utiles
et nécessaires a la grande orgue
positif
et meme a la
soufflerie comme aussi au pedalle dudit
orgue".
En 1674, il répare "la fourniture, la
simballe, les trompettes, clairons, cromehorne et voix
humaine".
En 1886, Pierre BRIDARD, d'Orléans, fut chargé
pour 800 livres "de relevrer tous les tuyaux de l'orgue,
tant du grand corps et du positif
que de l'écho
...". En 1691, on le retrouve dans une facture où il
est dit qu'il a assuré l'entretien de l'instrument pendant
deux ans.
Le 14 juillet 1698, Maistre Antoine VINCENT
reçoit 166 livres, onze sols pour des réparations. Ce fut le
dernier travail effectué sur l'orgue de la Cathédrale au cours
du XVII ème siècle.
En 1744, le facteur COLLAR procède au relevage
de l'instrument.
Le 19 Août 1767, devant l'urgence de nouvelles
réparations, le Chapitre fait appel au facteur Adrien LÉPINE,
qui pose le "jeu de bombarde" et est chargé
d'accorder l'instrument.
Le 15 Juillet 1768, Adrien
LÉPINE est chargé d'agrandir l'instrument. Le grand buffet
s'augmente de deux tourelles latérales tandis que cinq
nouveaux jeux sont posés.
En 1780,
l'organiste Denis JOUBERT alerte le Chapitre sur le mauvais
état de l'instrument.
Sur le buffet
actuel on peut voir l'écusson d'un tuyau portant la
mention
"
M. JOUBERT, organiste de la Cathédrale de Nantes - 1776
"
Deux Chanoines sont délégués pour examiner celui-ci et
acceptent les réparations.
Celles-ci sont confiées
à François-Henri CLICQUOT.
Pour la Cathédrale, le choix ne
pouvait être meilleur.
F-H CLICQUOT porte l'instrument à 5 claviers
(Positif, Grand-Orgue et Bombarde de 54 notes, Récit et Écho
de 37 notes) et pédalier de 33 notes, du fa inférieur au ut
dièse. En tout, l'instrument avait 49 jeux. Il était alimenté
en vent par 10 soufflets.
:
Faisant face à l'écusson de Denis JOUBERT, on trouve celui
de F.H CLICQUOT
"M. CLICQUOT, Facteur du Roy, remis cet orgue à neuf en
1784"
Le cornet du Positif , un de jeux de F.H
CLICQUOT

Les Anches
du clavier de Bombarde , CLICQUOT également
Lors de la période révolutionnaire, l'orgue ne
fut sauvé de la destruction que par la présence d'esprit de
son titulaire, Denis JOUBERT, qui, devant les autorités, vanta
l'éclat que pourraient avoir les fêtes révolutionnaires qui se
déroulaient dans la Cathédrale, si l'instrument y participait.
Sous le
Directoire, encore en période révolutionnaire, une circulaire,
datée du "25 Prairial An VII de le République" (13 Juin
1799), émanant du Ministère de l'intérieur, réclamait
"la conservation et l'emploi des buffets d'orgues". "Accoutumé
au son de cet instrument, le Peuple s'en voyait priver avec
peine : c'était d'ailleurs un moyen d'intérêt ôté aux fêtes
républicaines". Denis JOUBERT avait vu juste.
Sous le
Consulat et l'Empire, la Cathédrale restituée au culte, les
frais de "nettoiement" furent laissés à la charge de la Commune.
Ces travaux furent réalisés par Christian NYSSEN "facteur d'orgue
demeurant au Pouliguen, près Guérande". Celui-ci construisit pour l'orgue, un magnifique jeu
de Voix humaine.
Le 19ème siècle fut une période tourmentée ;
l'argent manquant, aucun des devis demandés à différents
facteurs n'aboutit et l'on se contenta d'un entretien
minimum.
Vers 1850, l'organiste Mr MINARD, alerte les
autorités sur le mauvais état de jeu de l'instrument ... et
sur le manque de solidité du buffet qui surplombe de 20 cm et
pourrait bien, un jour, "coiffer" les Bretons venant assister
aux offices.
En 1866, le
Chapitre désigne une commission
chargée de préparer une restauration.
Deux facteurs
sont mis en concurrence : MERKLIN et Aristide CAVAILLÉ-COLL.
C'est finalement MERKLIN qui l'emportera, son devis étant moins élevé que celui de CAVAILLÉ-COLL.
Le travail consista surtout à changer la
soufflerie ; quant aux jeux, l'orgue de CLICQUOT fut
respecté dans son ensemble, malgré la regrettable suppression
du Plein-jeu du Positif, du Nasard et de la Grosse-Tierce
du Grand Orgue.
Au début du 20ème siècle, le Grand-Orgue de la
Cathédrale était confié aux soins de la manufacture nantaise
BEUCHET-DEBIERRE. Le directeur Intérimaire de la firme, Mr
GLOTON assura la restauration de 1933. Celle-ci
avait été demandée, dès 1922, par le ChanoineMarcel COURTONNE
qui venait d'être nommé titulaire (il restera à son poste
pendant plus de 30 ans).
Les travaux commencèrent en 1927 pour s'achever
en 1933.
L'instrument
s'enrichissait de 14 jeux nouveaux, ce qui le portait à 53
jeux. On avait tenu, tout en conservant ses timbres anciens au
vieil instrument, le doter d'un mécanisme moderne et
l'enrichir de sonorités permettant l'exécution de la musique
moderne.
Le 19
Février 1933, Monseigneur LE FER DE LA MOTTE bénissait
l'instrument restauré tandis que Louis VIERNE donnait le
traditionnel récital.
A l'intérieur de
grand buffet se trouve une plaque commémorant cette
inauguration :
" Le
1er Février 1933
a
été inauguré solennellement cet Orgue
dont la Restauration venait d'être terminée
par la Maison GLOTON de
Nantes
Louis VIERNE, Organiste de N.D de
Paris
a
donné le récital
L'Abbé Marcel COURTONNE
est l'Organiste titulaire de cet
Orgue"
La deuxième guerre mondiale allait mettre en
péril l'instrument.
Le 16 Septembre 1943, le souffle d'une bombe
pulvérisa les vitraux et ébranla les
orgues.
Le 15 Juin 1944, plusieurs bombes atteignirent
le chour de la Cathédrale, tuant plusieurs personnes. Les
débris endommagèrent l'instrument. Une nouvelle restauration
allait s'imposer une fois la paix
revenue.
En 1952, le facteur Joseph BEUCHET propose un
nouveau projet de restauration.
Le 10 Septembre 1955, la maison BEUCHET reçoit
l'ordre de service ; l'orgue devrait être porté à 74
jeux.
En 1960, on s'aperçoit que le badigeon
recouvrant les voûtes de la Cathédrale s'effrite. Les
autorités décident de restaurer d'abord la tribune.
En février 1961, l'orgue est déposé ; les
échafaudages nécessaires à la restauration des voûtes sont
montés.
Il faudra attendre 1971 pour voir peu à peu la
tribune s'animer et l'instrument retrouver sa
place
Le 21 Novembre
1971, l'orgue restauré est inauguré par Gaston LITAIZE et
Félix MOREAU, titulaire depuis 1954.
La
console Beuchet-Debierre de 1971
Le 28 Janvier 1972, un incendie accidentel
ravage la Cathédrale. L'orgue ne brûla pas, mais subit
quelques dégâts consécutifs à l'arrosage des voûtes par les
pompiers. La Cathédrale fut fermée au culte pendant 2 ans.
En 1985, un office solennel où il tint une
grande place consacrait la réouverture du chour de la
Cathédrale.
Après Joseph BEUCHET, les facteurs qui eurent
la charge de l'instrument furent Jean RENAUD puis Gildas
MÉNORET.
Aujourd'hui, c'est le facteur d'orgue nantais
Nicolas TOUSSAINT qui en a la charge.
Depuis Décembre 2005, l'instrument est en
travaux pour plusieurs mois.
Différentes choses
ont déjà été réalisées sur l'instrument :
-
l'alimentation en vent a été revue ( porte-vent, gosiers ...)
. Les fuites sont en partie colmatées .
-
l'harmonisation et le relavage du Grand-Orgue, du Positif et
de la Pédale a été refaite. Celle des cornets est à
terminer.
Restent le relevage et l'harmonisation du récit et de
la Bombarde.
Un plafond réverbérateur, en bois de pin, va être
prochainement posé. Puis viendra la réharmonisation
d'ensemble.
Enfin, la Maison Pétrique posera le combinateur,
financé par la Paroisse et les Amis de la Cathédrale ; Cela
impliquera une transformation de la console
.
vue du sommier de Grand
Orgue

Toutes ces données
proviennent de la brochure de Félix MOREAU "Le Grand-Orgue de
la Cathédrale de Nantes" , dont la réédition est disponible
(voir page "NOUVELLES DE
L'ASSOCIATION
").
Les photos de
l'instrument sont des photos personnelles - merci de contacter
l'association HYMNAL si vous souhaitez les réutiliser
.

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